Le rapport d’alerte et de plaidoyer de l’Association AIDS Algérie, de novembre 2025, met en lumière une situation sanitaire particulièrement préoccupante chez les usagers de drogues injectables (UDI). Les données de terrain révèlent une forte progression des infections associées à l’injection, notamment le VIH et l’hépatite C, avec des taux parmi les plus élevés observés à l’échelle nationale.
La consommation de drogues touche de plus en plus les jeunes, avec une féminisation croissante et un recours accru à l’injection. La toxicomanie s’impose aujourd’hui comme l’une des crises de santé publique les plus préoccupantes en Algérie.
Du cannabis aux opioïdes, en passant par la cocaïne et les médicaments psychotropes détournés, les substances consommées sont multiples et de plus en plus accessibles. Cette dynamique s’accompagne d’un passage croissant à l’injection, exposant les usagers à un risque élevé d’infections graves.
Une situation épidémiologique alarmante chez les UDI
Les données issues du travail communautaire mené par l’Association AIDS Algérie au cours des derniers mois de 2025 dressent un constat préoccupant, voire critique, chez les usagers de drogues injectables (UDI).
Sur plus de 1 200 UDI sensibilisés dans plusieurs sites d’Alger, plus de 90 % ont accepté un dépistage, signale le rapport d’AIDS Algérie, rendu public a l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida. Les résultats révèlent une prévalence du VIH de 13,3 %, du virus de l’hépatite C (VHC) de 37,7 %, et une co-infection VIH-VHC chez plus de 9 % des personnes testées.
Ces taux, nettement supérieurs aux données observées lors des précédentes enquêtes bio-comportementales nationales, placent les UDI parmi les populations les plus exposées du pays. Leur vulnérabilité est renforcée par des pratiques d’injection à haut risque, une méconnaissance des modes de transmission, une grande précarité sociale et une couverture très limitée des programmes de réduction des risques.
Des territoires fortement concernés
La cartographie réalisée à Alger met en évidence une forte concentration d’UDI dans plusieurs zones urbaines, notamment Alger-Centre, Bab El Oued, la Casbah, les quartiers de l’Est et de l’Ouest de la capitale.
Parallèlement, les acteurs de terrain alertent sur l’augmentation de la consommation de cocaïne, y compris par voie injectable, ainsi que sur la circulation importante de certains opioïdes de substitution, en l’absence de données officielles actualisées.
Un système de prise en charge largement insuffisant
Le rapport souligne de profondes défaillances structurelles dans la réponse sanitaire. Le déséquilibre entre les besoins et l’offre de soins est flagrant, avec un ratio estimé à une prise en charge pour 80 personnes concernées.
L’offre reste centralisée et insuffisante, marquée par des ruptures fréquentes de matériel de prévention, des obstacles administratifs à l’accès aux traitements antirétroviraux, et des refus de prise en charge des UDI non sevrés, y compris lorsqu’ils sont porteurs du VIH ou du VHC.
La stigmatisation persistante et la complexité des parcours de soins expliquent également un taux élevé de patients « perdus de vue ».
Des facteurs aggravants persistants
L’absence de coordination formelle entre les structures de dépistage et de traitement, la non disponibilité d’examens complémentaires essentiels, la non prise en charge de pathologies associées graves, comme l’endocardite, ainsi que la criminalisation des usagers de drogues, contribuent à renforcer leur marginalisation et leur éloignement du système de santé.
Un appel urgent à une riposte nationale renforcée
Face à cette situation, l’Association AIDS Algérie appelle à une mobilisation multisectorielle urgente. Le rapport plaide pour le renforcement des programmes de réduction des risques, l’amélioration de l’accès aux soins spécialisés, la lutte contre la stigmatisation et une meilleure coordination entre les acteurs sanitaires, sociaux et communautaires.
Sans une réponse nationale structurée et adaptée, le risque est réel de voir s’aggraver une crise sanitaire aux conséquences humaines, sociales et économiques majeures.
Djamila Kourta
