Face à l’exode des compétences et à l’épuisement d’un corps médical d’élite, le président du Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires monte au créneau. Invité ce mardi 29 avril sur la chaîne 3 de la Radio algérienne, le Pr Rachid Belhadj a dénoncé le gel du régime indemnitaire des hospitalo-universitaires depuis 2008. Un immobilisme qui pousse, selon lui, de nombreux professeurs à quitter les hôpitaux publics ou à partir à l’étranger.
Un double statut ignoré par l’administration
« Nous cumulons les responsabilités de l’enseignement universitaire et de la pratique médicale hospitalière, mais ce double engagement n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur », déplore-t-il. Alors que dans d’autres pays le statut du professeur en médecine est valorisé, les enseignants chercheurs algériens sont encore en lutte pour faire entendre leurs revendications.
Le Pr Belhadj appelle l’État à adopter une politique claire, durable et ambitieuse pour revaloriser ce corps stratégique de la santé publique. « Il faut stopper l’hémorragie de compétences et offrir des perspectives dignes à ceux qui forment, soignent et innovent au quotidien ».
Inégalités flagrantes et tâches non rémunérées
Le président du syndicat dénonce également des inégalités criantes, notamment pour les enseignants affectés dans les nouvelles facultés du Sud, où les conditions salariales restent en deçà des standards nationaux.
À cela s’ajoute un autre paradoxe : « Nous assurons gratuitement des tâches comme la surveillance d’examens ou la correction de copies, alors que la réglementation prévoit une rémunération ».
Un dysfonctionnement qu’il impute à l’absence de coordination entre les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur.
Encadrer l’activité lucrative, freiner les départs
Depuis 2015, le syndicat tente d’instaurer un cadre légal pour l’activité lucrative des médecins hospitalo-universitaires. En vain. « Les discussions s’enchaînent, les promesses aussi, mais nos collègues continuent de partir », regrette le Pr Belhadj, évoquant une perte alarmante de talents au profit du privé ou de l’étranger.
Pas de grève, mais un dialogue structuré
Fidèle à une ligne de conduite non conflictuelle, le syndicat privilégie le dialogue. Une assemblée générale tenue récemment à Sétif a permis de formaliser de nouvelles propositions et d’écarter, pour l’instant, le recours à la grève.
Le Pr Belhadj insiste sur la nécessité de développer des services médicaux stratégiques, comme la gynécologie obstétrique, afin de réduire les transferts coûteux de patients algériens vers l’étranger.
Vers une réforme attendue
En conclusion, le Pr Belhadj appelle à une révision profonde et rapide du régime indemnitaire des hospitalo-universitaires, condition essentielle pour maintenir un service public de qualité et renforcer l’attractivité du système de santé algérien.
Rania N.
