La maladie d’Alzheimer constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique, compte tenu de son impact sur les patients, mais également sur leurs familles et leurs aidants. Les premiers troubles de mémoire sont parfois banalisés, alors qu’ils peuvent constituer les premiers signes d’une pathologie neurodégénérative nécessitant une prise en charge médicale. Dans cet entretien, le Dr Tahar Boudjemâa, médecin résident, spécialiste en psychiatrie et santé mentale au CHU de Sidi Bel-Abbès, revient sur les premiers symptômes de la maladie, l’importance du diagnostic précoce, les principaux facteurs de risque ainsi que les troubles psychologiques et comportementaux pouvant accompagner son évolution. Il évoque également les défis de la prise en charge en Algérie.
-
TDMsanteinov : Quels sont les premiers signes de la maladie d’Alzheimer et comment les distinguer des manifestations normales du vieillissement ?
Dr Tahar Boudjemâa : La démence, et particulièrement la maladie d’Alzheimer, constitue aujourd’hui un véritable enjeu mondial de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 57 millions de personnes vivent actuellement avec une démence dans le monde.
Sur le plan clinique, le premier signe est souvent une atteinte de la mémoire des événements récents. La personne peut, par exemple, oublier régulièrement des informations importantes, répéter les mêmes questions ou avoir des difficultés à se souvenir d’événements qui viennent de se produire.
D’autres troubles peuvent progressivement apparaître, notamment des difficultés à trouver ses mots, à accomplir certaines tâches habituelles ou encore à organiser son quotidien.
La principale différence avec les oublis liés au vieillissement normal réside dans leur fréquence et surtout dans leur retentissement sur l’autonomie. Oublier occasionnellement un nom ou un rendez-vous peut arriver à tout le monde. En revanche, lorsque les oublis deviennent fréquents et commencent à perturber la vie quotidienne, ils doivent attirer l’attention et justifier une consultation médicale.
-
Le diagnostic précoce est-il déterminant dans la prise en charge de la maladie ?
Absolument. Un diagnostic précoce permet, en premier lieu, de confirmer qu’il s’agit bien d’une maladie d’Alzheimer et d’écarter d’autres causes pouvant être à l’origine des troubles cognitifs.
Il permet également de mettre en place plus rapidement les mesures thérapeutiques et les adaptations nécessaires dans la vie quotidienne. Mais au-delà de l’aspect médical, le diagnostic précoce donne au patient et à sa famille le temps de comprendre la maladie, de s’y préparer et d’anticiper son évolution.
Il constitue ainsi un moyen de préserver le plus longtemps possible l’autonomie du patient et de maintenir sa qualité de vie
-
Quels sont les principaux facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer ? Peut-on agir pour prévenir ou retarder son apparition ?
L’âge constitue le principal facteur de risque. Cependant, d’autres facteurs, notamment cardiovasculaires, peuvent également intervenir. Il s’agit, entre autres, de l’hypertension artérielle, du diabète, de l’obésité et du tabagisme.
L’isolement social ainsi qu’une faible stimulation cognitive peuvent également contribuer au risque.
Lire aussi : Maladie d’Alzheimer : les aidants, ces accompagnateurs souvent oubliés
Il est donc important d’agir sur les facteurs qui peuvent être contrôlés. Une bonne prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaires, la pratique régulière d’une activité physique, le maintien d’une vie sociale et intellectuelle active ainsi qu’une alimentation équilibrée peuvent contribuer à réduire le risque ou à retarder l’apparition de la maladie.
-
Au-delà des troubles de la mémoire, quelles sont les conséquences psychologiques et comportementales de la maladie ?
La maladie d’Alzheimer ne se limite pas aux troubles de la mémoire. Elle peut également s’accompagner de manifestations psychologiques et comportementales telles que l’anxiété, la dépression, l’irritabilité ou encore des troubles du sommeil.
Dans certains cas, le patient peut également présenter des hallucinations ou des idées délirantes. Ces manifestations peuvent avoir un impact important sur la qualité de vie du patient, mais aussi sur celle de son entourage.
La prise en charge repose en priorité sur les approches non médicamenteuses, adaptées aux besoins du patient et à son environnement. Les traitements psychiatriques peuvent être proposés lorsque cela s’avère nécessaire, en fonction des symptômes présentés et de leur retentissement.
-
En Algérie, quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les patients, leurs familles et les aidants ?
En Algérie, l’un des principaux défis reste le diagnostic souvent tardif. Les premiers signes de la maladie sont parfois banalisés ou considérés comme de simples manifestations du vieillissement, ce qui peut retarder la consultation et, par conséquent, la prise en charge.
Il est donc nécessaire de renforcer les structures spécialisées en gériatrie et de développer davantage une prise en charge multidisciplinaire des patients.
Il est également essentiel d’accorder une attention particulière aux aidants, qui jouent un rôle central dans l’accompagnement quotidien des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mais qui peuvent eux-mêmes être exposés à l’épuisement.
Il faut garder à l’esprit que la maladie d’Alzheimer ne touche pas uniquement le patient. Elle concerne également toute sa famille et son entourage. Une prise en charge adaptée doit donc tenir compte à la fois des besoins du patient et de ceux de ses proches.
R. N.
