Classification de l’infarctus du myocarde, dépistage de la maladie rénale chronique et optimisation du traitement de l’insuffisance cardiaque figurent parmi les principaux changements à retenir dans les recommandations de la Société européenne de cardiologie présentées par le Pr DjamelEddine Nobouche expert en maladies cardiovasculaires, au 17 ème congrès de l’ALIA.
Les nouvelles recommandations internationales en cardiologie marquent une évolution importante des pratiques, avec un objectif central : mieux identifier les mécanismes des maladies cardiovasculaires, intervenir plus tôt et adapter les traitements au profil de chaque patient. C’est l’un des principaux enseignements de la conférence du Pr Nibouche consacrée aux dernières évolutions présentées lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC), tenu à Munich du 28 au 31 août 2026.
Cette édition a réuni plus de 33 000 professionnels de santé venus de nombreux pays, autour de travaux scientifiques et de nouvelles recommandations destinées à améliorer la prise en charge des patients, a indiqué Pr Nibouche.
Infarctus du myocarde : une classification centrée sur les mécanismes
Parmi les évolutions mises en avant figure la nouvelle définition universelle de l’infarctus du myocarde, élaborée conjointement par la Société européenne de cardiologie, l’American College of Cardiology, l’American Heart Association et la World Heart Federation.
Pr Nibouche a expliqué que la nouvelle classification distingue trois situations cliniques : l’infarctus primaire, lié à une pathologie coronaire aiguë ; l’infarctus secondaire, résultant d’un déséquilibre entre les apports et les besoins en oxygène du muscle cardiaque ; et l’infarctus lié à une procédure cardiaque, qu’elle soit interventionnelle ou chirurgicale.
“Cette approche vise à mieux identifier le mécanisme à l’origine de l’événement et à orienter les investigations et le traitement“, a souligné l’expert en précisant qu’un infarctus peut ainsi résulter d’une rupture ou d’une érosion de plaque, mais également d’autres atteintes coronaires. “Dans d’autres cas, une tachycardie importante, une hypertension sévère, une hypotension ou une hypoxémie peuvent contribuer à provoquer une ischémie myocardique”, a t-il ajouté.
Pour le Pr Nibouche, l’enjeu est de dépasser une classification essentiellement numérique au profit d’une lecture plus directement liée à la physiopathologie: “La nouvelle définition prévoit également des critères diagnostiques plus objectifs, associant notamment les symptômes, les biomarqueurs cardiaques et l’imagerie“.
Cœur et rein : renforcer le dépistage pour prévenir les complications
La deuxième évolution majeure concerne les liens étroits entre maladies cardiovasculaires et maladie rénale chronique. Cette association constitue un enjeu important, car l’altération de la fonction rénale peut augmenter le risque cardiovasculaire et compliquer la prise en charge thérapeutique .
Le Pr Nibouche insiste sur la nécessité de rechercher une maladie rénale chronique chez les patients atteints d’une affection cardiovasculaire, notamment lorsque des facteurs de risque sont présents à travers de bilans specifiques.
Pour lui, le dépistage doit ensuite permettre de stratifier le risque et d’adapter les traitements. “Les inhibiteurs du système rénine-angiotensine-
Le conférencier souligne également l’importance d’une collaboration étroite entre cardiologues, néphrologues et autres professionnels de santé, afin d’assurer une prise en charge coordonnée et centrée sur le patient.
Insuffisance cardiaque : traiter tôt et optimiser rapidement
L’insuffisance cardiaque constitue un autre volet essentiel de la conférence . Les recommandations récentes renforcent l’importance du diagnostic précoce, de l’évaluation du stade de la maladie et de l’optimisation rapide du traitement.
Pr Nobouche a rappelé que dans l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite, le traitement de fond repose sur quatre grandes classes thérapeutiques : les inhibiteurs du système rénine-angiotensine, avec notamment les inhibiteurs de la néprilysine et des récepteurs de l’angiotensine chez les patients éligibles ; les bêtabloquants ; les antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes ; et les inhibiteurs du SGLT2.
“L’objectif est d’introduire ces traitements aussi rapidement que possible, selon la tolérance et les contre-indications, puis d’en optimiser les doses. Cette stratégie vise notamment à réduire les hospitalisations et les décès liés à l’insuffisance cardiaque“, a t-il ajouté.
Les inhibiteurs du SGLT2 occupent également une place importante dans l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée. D’autres options thérapeutiques peuvent être proposées selon le phénotype, les symptômes, les comorbidités et les résultats des examens.
Le Pr Nibouche rappelle par ailleurs que certains traitements conservent des indications précises : les diurétiques en présence d’une congestion, la digoxine dans des situations sélectionnées et l’ivabradine chez certains patients répondant aux critères recommandés. La resynchronisation cardiaque reste également une option majeure pour des profils bien définis.
Carence en fer, vaccination et obésité : ne pas négliger les facteurs associés
Au-delà des traitements cardiovasculaires, la prise en charge de l’insuffisance cardiaque doit intégrer les affections et facteurs susceptibles d’aggraver le pronostic notamment la carence en fer. Comme il a aussi insisté la vaccination contre la grippe et le pneumocoque, lorsqu’elle est indiquée. Ce participe également à la prévention des complications infectieuses chez les personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire a t-il exdpliqué.
Enfin, l’obésité fait désormais partie intégrante de la réflexion thérapeutique selon lui. Il a signalé que “Certains traitements agissant sur le poids peuvent être envisagés chez des patients sélectionnés, en fonction de leur fraction d’éjection, de leur indice de masse corporelle et des indications retenues dans les recommandations“.
Une approche globale, individualisée et multidisciplinaire
Au de toutes ces recommandation, le conférencier a déclareé que la prise en charge cardiovasculaire ne peut plus se limiter au traitement d’un organe ou d’un symptôme isolé. Elle doit intégrer les mécanismes de la maladie, les fonctions rénale et cardiaque, les comorbidités et le risque global du patient.
Pour les professionnels de santé, l’enjeu est désormais de traduire ces recommandations en décisions cliniques adaptées, en tenant compte des données scientifiques, des caractéristiques individuelles et des ressources disponibles.
En Algérie, leur mise en application suppose également de considérer l’accès aux examens diagnostiques, la disponibilité des médicaments et la coordination entre les spécialités. Autant de conditions nécessaires pour rapprocher les pratiques quotidiennes des standards internationaux et améliorer durablement le pronostic des patients cardiovasculaires.
Djamila Kourta
