À l’heure où les technologies numériques transforment profondément les systèmes de santé à travers le monde, la coopération sino-algérienne pourrait connaître une nouvelle dynamique.
Dans un entretien exclusif accordé à TDMSantéInov, le directeur général de la Mission médicale chinoise en Algérie, Jia Ligao, a réaffirmé la volonté de la Chine d’accompagner l’Algérie dans le développement de la santé numérique, de la télémédecine et de l’intelligence artificielle appliquée au secteur médical.
Présente en Algérie depuis 1963, la Mission médicale chinoise célèbre plus de six décennies de coopération sanitaire entre les deux pays. Pour Jia Ligao, cette relation historique ouvre aujourd’hui la voie à un nouveau partenariat fondé sur l’innovation technologique.
«Sans aucun doute, l’intelligence artificielle, la santé numérique et la télémédecine représentent des orientations majeures de la médecine de demain. Elles constituent également des domaines offrant un immense potentiel pour le développement futur de la coopération sanitaire entre la Chine et l’Algérie», souligne-t-il.
Le responsable chinois rappelle que son pays a enregistré, ces dernières années, des avancées significatives dans le domaine de la santé intelligente. Déploiement des dossiers médicaux électroniques, développement des hôpitaux connectés, recours à l’intelligence artificielle pour l’aide au diagnostic, plateformes de téléconsultation et gestion numérique des établissements de santé figurent parmi les réalisations qui ont profondément modernisé le système sanitaire chinois.
Selon lui, cette expérience pourrait constituer l’un des principaux axes de la coopération bilatérale au cours des prochaines années.
La télémédecine, un atout pour les régions éloignées
Pour Jia Ligao, les technologies numériques offrent une réponse particulièrement adaptée aux défis géographiques auxquels fait face l’Algérie.
«Pour un pays aussi vaste que l’Algérie, la médecine numérique revêt une importance particulière. Grâce aux plateformes de télémédecine, les ressources médicales de haut niveau, concentrées dans les grands hôpitaux et dans la capitale, pourraient être mises au service des régions sahariennes et des zones les plus éloignées, permettant ainsi à un plus grand nombre de citoyens d’accéder à des soins de qualité», explique-t-il.
Cinq priorités pour renforcer la coopération
Le directeur général de la Mission médicale chinoise identifie cinq axes majeurs susceptibles de structurer la coopération future entre Alger et Pékin.
Le premier consiste à créer une plateforme commune de télémédecine afin de faciliter les téléconsultations, l’enseignement médical à distance et la formation continue entre les établissements hospitaliers des deux pays. Un tel dispositif permettrait également aux spécialistes chinois et algériens de collaborer sur des cas complexes ou des maladies rares.
Le deuxième axe porte sur la transformation numérique des hôpitaux. Fortement engagée dans la digitalisation de son système de santé, la Chine dispose d’une expertise reconnue dans les domaines des dossiers médicaux électroniques, de la gestion des données de santé, des systèmes de prise de rendez-vous et du pilotage numérique des établissements hospitaliers. Cette expérience pourrait être adaptée aux besoins spécifiques de l’Algérie afin d’améliorer l’efficacité des services de santé et leur gouvernance.
Troisième priorité : le développement de l’intelligence artificielle au service des professionnels de santé.
«L’intelligence artificielle n’a pas vocation à remplacer les médecins, mais à les assister dans leur travail», insiste Jia Ligao. Selon lui, ces technologies offrent déjà des résultats prometteurs dans l’interprétation de l’imagerie médicale, le suivi des maladies chroniques, le dépistage précoce et l’optimisation de la répartition des ressources médicales. Il plaide ainsi pour le développement de projets de recherche conjoints et le renforcement des échanges technologiques entre les deux pays.
La quatrième priorité concerne la santé publique numérique. Les outils numériques peuvent contribuer à renforcer les systèmes de surveillance épidémiologique, les mécanismes d’alerte précoce, la gestion des campagnes de vaccination ainsi que la constitution de dossiers médicaux électroniques de la population. Autant d’éléments qui participent à l’amélioration des services de santé et au renforcement de la gouvernance sanitaire.
Enfin, Jia Ligao estime que le succès de cette transformation repose avant tout sur le développement des compétences humaines.
«Aucune technologie, aussi avancée soit-elle, ne peut produire pleinement ses effets sans des professionnels qualifiés», affirme-t-il.
Il souhaite ainsi voir davantage de médecins, d’ingénieurs et de responsables hospitaliers algériens bénéficier de formations et de programmes d’échanges en Chine, tout en encourageant les universités, les centres de recherche et les hôpitaux des deux pays à développer des programmes de coopération académique et scientifique.
Une coopération tournée vers l’avenir
Pour le directeur général de la Mission médicale chinoise, l’avenir de la coopération médicale sino-algérienne ne se limitera plus aux échanges de personnel médical.
«À nos yeux, l’avenir de la coopération médicale repose également sur la convergence entre les technologies de pointe et la santé. La Chine est prête à partager son expérience dans le domaine de la santé numérique avec l’Algérie. Plus important encore, nous souhaitons travailler avec nos partenaires algériens afin d’explorer ensemble une voie de développement adaptée aux réalités et aux besoins du peuple algérien», conclut-il.
À travers cette vision, Pékin entend inscrire sa coopération sanitaire avec Alger dans une nouvelle étape, où l’innovation technologique, la formation des ressources humaines et la transformation numérique des systèmes de santé constitueront les principaux leviers d’un partenariat durable au service des populations des deux pays.
Badir Mehdi
