
« Le financement de la santé en Algérie : Limites, défis et perspectives » est le thème de la conférence, animée mercredi au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) par M. Ahcène Zehnati économiste de la santé, directeur de recherche au CREAD et chercheur associé au laboratoire d’économie de Dijon (LEDI).
Après voir défini les différents modèles de financement de la santé à travers le monde, M Ahcène Zehnati est revenu sur l’évolution du financement de la santé en Algérie sur les 20 dernières années.
Un financement triangulaire (Etat, sécurité sociale et ménages) qui a connu une augmentation importante des dépenses notamment pour les ménages dont la part avoisine la contribution de l’Etat.
« La part contributive de la sécurité sociale dans la dépense courante de santé a baissé pour atteindre 25 % alors que celle des ménages a grimpé à 37 % au lieu de 10 % selon la norme OMS, et l’Etat à 38% », a indiqué M. Zehnati. Il précise que les dépenses de santé ont augmenté pour les trois agents de financement. Sur la période considérée, le taux de croissance annuel moyen était de 12,7%, 8,6% et 13,5% respectivement pour l’Etat, la Sécurité sociale et les ménages.
La part des ménages a grimpé à 37%
Un déséquilibre qui risque d’être « désastreux » et pourrait constituer « un obstacle pour l’atteinte de la couverture sanitaire universelle» a -t-il rappelé en soulignant que cet état de fait compromet la gratuité des soins.
Il signale que l’analyse des données recueillies sur cette période allant de 2000-2022, révèle que la charge financière est lourde pour les assurés sociaux en payant les impôts, les cotisations sociales et les paiements directs (out of pocket ) tout en rappelant le mode de financement du secteur public par le « forfait hôpital » estimé à 112 milliards de dinars en 2022 et qui a montré ses limites.
Le chapitre de dépenses qui se taille la part du lion et qui a pris le pas sur le forfait hôpital, c’est le médicament avec un montant de remboursements estimé à 221 milliards de dinars alors qu’il était de 20 milliards de dinars en 2000 a expliqué M. Zehnati.
Le financement des soins, à travers le conventionnement entre le secteur privé et les caisses de la sécurité sociale (dispositif médecin traitant, chirurgie cardiaque, hémodialyse et accouchements), représente également un budget à hauteur de 40 milliards de dinars a -t-il noté. Quant aux remboursement des prescriptions médicales par les caisses de la sécurité sociale, le conférencier a souligné que lorsque les assurés ont recours au secteur privé, ils ne sont remboursés que selon des cotations non actualisées depuis 1987 pour des montants considérablement inférieurs aux tarifs facturés. Très souvent, les patients renoncent aux demandes de remboursement auprès de la sécurité sociale vue la modicité des sommes remboursées. « En moyenne 70 millions d’ordonnances sont traitées par la CNAS annuellement. Si l’acte est remboursé avec un tarif de consultation moyen de 1000 DA, le montant de ce poste de dépenses serait de 70 milliards de DA par an », a -t-il indiqué. Pour ce qui est de la part de compagnies d’assurances liée à la couverture du risque maladie, l’économiste de santé a révélé qu’elle représente à peine 1% sur la période (2011-2021).
Comment peut -on réduire la part des ménages dans la prise en charge de leurs dépenses de santé ?
M.Zehnati a indiqué qu’en l’absence de réformes du système actuel de financement qui a montré ses limités, le développement de l’assurance santé complémentaire, les mutuelles et l’assurance privée peut-être envisagée. « Les patients peuvent souscrire à une mutuelle ou à une assurance privée à travers des contrats individuels ou collectifs au lieu de régler directement les prestations privées de soins », a- t-il préconisé.
« D’autant plus que le montant de la cotisation ou de la prime d’assurance reste accessible, variant entre 500 et 5000 DA par mois suivant le panier de soins couverts. Chacun d’entre nous dépense en moyenne 1000 DA pour sa consommation en téléphonie », poursuit le conférencier Cependant en précisant qu’il est essentiel d’accorder une priorité à notre santé qui est notre capital le plus précieux. En conséquence, notre disposition à payer doit être plus forte, a-t-il conclu.
Djamila kourta