L’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement dans les établissements de santé algériens. Portée par les investissements de l’État dans les infrastructures numériques et les équipements médicaux de pointe, elle fait son entrée dans plusieurs services de cardiologie. Mais au-delà de la modernisation technologique, une question demeure : ces outils améliorent-ils réellement la prise en charge des patients ?
C’est la réflexion développée par le Dr Yehya Khlidj et Pr Mourad Boukheloua, chef de service cardiologie CHU Nefissa Hamoud ex Parnet, dans une tribune publiée par Nature Africa le 13 juillet 2026. Selon eux, le débat ne porte plus sur l’arrivée de l’IA dans les hôpitaux algériens, désormais inévitable, mais sur sa capacité à répondre aux besoins du système de santé.
Une réponse aux défis de la cardiologie
Les maladies cardiovasculaires représentent l’une des principales causes de morbidité en Algérie. Les auteurs rappellent que la concentration des spécialistes dans les grandes villes, les difficultés de suivi des patients vivant dans les régions éloignées et la charge croissante pesant sur les cardiologues rendent nécessaire l’exploration de nouvelles solutions.
Dans ce contexte, l’interprétation automatisée des électrocardiogrammes, l’assistance aux examens d’échocardiographie ou encore les dispositifs de télésurveillance pourraient contribuer à accélérer le diagnostic, limiter les erreurs de mesure et améliorer le suivi des patients chroniques.
Selon les auteurs, ces outils pourraient également contribuer à réduire l’épuisement professionnel des médecins confrontés à une demande de soins toujours plus importante.
Des outils simples parfois plus efficaces
Les chercheurs mettent toutefois en garde contre une vision uniquement technologique de l’innovation. Ils estiment qu’un logiciel capable de fournir une première interprétation fiable d’un ECG dans un hôpital de district peut avoir un impact plus important qu’un nouvel équipement d’imagerie très sophistiqué installé dans un grand centre hospitalier.
Chaque solution répond à un besoin spécifique et nécessite des ressources différentes, qu’il s’agisse des données médicales, de la formation du personnel ou de l’organisation des filières de soins.
L’IA ne remplace pas le médecin
Les auteurs rappellent également que l’intelligence artificielle ne se substitue pas au jugement clinique. Les résultats générés par les algorithmes doivent être vérifiés, les alertes interprétées et les décisions médicales restent de la responsabilité des professionnels de santé.
Ils soulignent par ailleurs que lorsque les nouveaux outils sont mal intégrés aux dossiers médicaux informatisés, ils peuvent générer davantage de tâches administratives au lieu de simplifier le travail des équipes.

Évaluer avant de généraliser
Si certains établissements, comme le centre de cardiologie du CHU Hussein-Dey à Alger, utilisent déjà des équipements intégrant des fonctions d’IA, les auteurs estiment que leur présence ne constitue pas, à elle seule, une preuve d’efficacité.
Ils recommandent la mise en place d’études cliniques multicentriques à l’échelle nationale afin de mesurer les bénéfices réels de ces technologies sur les délais de prise en charge, la précision diagnostique, les coûts, la charge de travail des soignants et l’accès équitable aux soins.
Faire de l’IA un véritable outil de santé publique
Pour Yehya Khlidj et Mourad Boukheloua, le succès de l’intelligence artificielle dans les hôpitaux algériens ne se mesurera pas au nombre d’équipements installés, mais à leur capacité à rendre les soins cardiovasculaires plus sûrs, plus accessibles et plus efficaces.
En d’autres termes, l’innovation technologique ne prendra tout son sens que si elle apporte un bénéfice concret aux patients et soutient durablement le travail des professionnels de santé.
D.K
