Une étude menée dans des centres de dialyse en Algérie met en lumière les bénéfices de la dialyse à haute perméabilité. Grâce à l’utilisation de membranes plus performantes, cette technique permet une meilleure élimination des toxines responsables de l’inflammation et des complications cardiovasculaires chez les patients insuffisants rénaux.
Les résultats suggèrent une amélioration de la qualité de la dialyse, avec un impact potentiel sur la survie et la qualité de vie des près de 30 000 patients dialysés dans le pays.
Pour évaluer l’intérêt de cette approche dans le contexte national, cette étude multicentrique, présentée par Dr Ala Eddine Lasfar néphrologue a été menée dans quatre centres de dialyse en Algérie sur 28 patients. Les participants ont été suivis pendant six mois sous dialyse classique à basse perméabilité, puis six mois avec des membranes à haute perméabilité.
le Dr Lasfar, a mis en évidence les bénéfices de la dialyse à haute perméabilité chez les patients hémodialysés. Selon lui, cette technique permet une élimination plus efficace de certaines toxines responsables de nombreuses complications et pourrait améliorer significativement la qualité de vie des patients.
Un profil de patients jeune et marqué par les comorbidités
L’étude a porté sur 28 patients hémodialysés, révélant un profil clinique qui illustre l’ampleur des enjeux de santé publique liés à l’insuffisance rénale en Algérie.
Les résultats montrent que la maladie peut toucher des patients relativement jeunes : le plus jeune participant à l’étude avait 31 ans, et certains cas concernaient même des adolescents de 14 et 15 ans. Dans cet échantillon, 57 % des patients étaient des hommes, avec une durée moyenne de dialyse de huit ans et un poids moyen de 74 kg.
Les comorbidités étaient fréquentes : 71 % des patients souffraient d’hypertension artérielle, près d’un quart étaient diabétiques et 75 % présentaient une anémie nécessitant un traitement par agents stimulant l’érythropoïèse. Par ailleurs, 96 % des patients disposaient d’une fistule artérioveineuse, considérée comme l’accès vasculaire le plus fiable pour l’hémodialyse.

Une épuration plus efficace des toxines
L’étude s’est particulièrement intéressée à la bêta-2 microglobuline, une molécule dont l’accumulation est associée à plusieurs complications chez les patients dialysés.
« La bêta-2 microglobuline engendre l’inflammation, les complications cardiovasculaires, l’amylose dialytique et augmente les risques infectieux », a expliqué le spécialiste.
Les résultats montrent que la dialyse à haute perméabilité améliore significativement son élimination. Après trois mois de traitement, l’épuration de cette molécule est déjà nettement améliorée, avec 1,17 fois plus d’élimination. À six mois, l’effet persiste et demeure hautement significatif sur le plan statistique.
« Plus on avance dans le temps, plus le bénéfice se cumule », a indiqué le Dr Lasfar.
Une réduction nettement supérieure à la dialyse classique
La comparaison entre la dialyse à basse perméabilité et la haute perméabilité met en évidence un écart important. Alors que la première permet une réduction de moins de 11 % de la bêta-2 microglobuline, la seconde atteint environ 55 % d’élimination. « Si le patient entre avec 70 mg, il ressort avec 30 mg », a illustré le néphrologue. Même après six mois, la réduction reste importante, autour de 46 %, soit un gain d’environ 54 points par rapport à la technique classique.
Les concentrations sanguines confirment cette tendance. En basse perméabilité, la bêta-2 microglobuline peut passer de 31 mg avant dialyse à 35 mg après la séance, traduisant une élimination insuffisante. À l’inverse, avec la haute perméabilité, les taux diminuent nettement : 21 mg avant dialyse à trois mois et 8 mg après la séance, puis 18 mg avant dialyse à six mois. « À neuf mois on serait autour de 15 mg, à douze mois probablement à 10 mg », a précisé le Dr Lasfar.

Des effets favorables sur l’inflammation et l’état nutritionnel
L’étude a également évalué plusieurs paramètres biologiques. En revanche, l’albumine, marqueur de l’état nutritionnel et de l’inflammation, montre une amélioration progressive : 40 g/L au départ, 41 g/L à trois mois et 43 g/L à six mois. « Les patients mangent mieux, ils ont moins d’inflammation. Plus l’albumine augmente, meilleure est la survie », a expliqué le spécialiste.
La CRP ultrasensible, marqueur de l’inflammation, évolue également de manière favorable, tendant à se stabiliser avec la haute perméabilité a ajouté le spécialiste. « On calme l’inflammation et on enlève les toxines pro-inflammatoires », a-t-il ajouté.
Un levier pour moderniser la prise en charge
Pour le Dr Lasfar, l’introduction de la haute perméabilité dépasse la simple amélioration technique et s’inscrit dans une réflexion globale sur l’organisation du système de santé. « Ce que nous voulons aujourd’hui, ce n’est pas un surcoût immédiat mais une restructuration des dépenses afin d’éviter les coûts invisibles de demain », a-t-il expliqué.
Une dialyse plus performante pourrait contribuer à réduire les hospitalisations, les complications cardiovasculaires et certaines atteintes ostéo-articulaires liées à l’amylose.
Une transition jugée nécessaire
Au regard des résultats observés, le néphrologue estime que la transition vers la haute perméabilité est à la fois scientifiquement justifiée et réalisable dans le contexte algérien. « La transition est scientifiquement fondée. La preuve internationale existe et la preuve algérienne montre que c’est faisable et urgent », a-t-il affirmé.
Alors que près de 30 000 patients sont actuellement suivis en dialyse en Algérie, le spécialiste appelle à une évolution rapide des pratiques afin d’améliorer la prise en charge. « La vraie mesure d’une société se trouve dans la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables », a-t-il conclu, en citant Gandhi.
Djamila Kourta
