À l’initiative de l’Association nationale des propriétaires de cliniques d’hémodialyse, une journée d’étude a été organisée afin de sensibiliser aux enjeux liés à l’introduction et à la généralisation de la technique de dialyse à haute perméabilité en Algérie. Objectif : réunir l’ensemble des acteurs concernés et impulser une dynamique nationale autour de cette avancée thérapeutique.

Longtemps figée aux techniques de basse perméabilité, la néphrologie algérienne est à la croisée des chemins. L’initiative de l’ANPCH, portée par son président M. Othmani Hassan, a permis de fédérer sociétés savantes, ministères (Santé et Travail) et société civile autour d’un constat unanime : l’heure est au saut qualitatif.
«Cette initiative vise à promouvoir le passage de la dialyse à basse perméabilité vers la haute perméabilité, et à encourager sa généralisation à l’échelle nationale, notamment dans les cliniques privées», a expliqué M. Othmani.

Un «nettoyage» en profondeur pour une meilleure survie
Pour le Dr Ala Eddine Lasfar, néphrologue à la clinique Hammadite à M’sila, la différence est fondamentale. Contrairement à la méthode classique qui se limite aux petites molécules, la haute perméabilité utilise des membranes aux pores plus larges. «Il ne s’agit plus d’un nettoyage superficiel, mais d’un nettoyage en profondeur», explique-t-il.
Cette technique permet d’éliminer des toxines moyennes, comme la bêta-2 microglobuline, dont l’accumulation provoque fatigue chronique, teint pâle et complications cardiovasculaires graves.
L’enjeu est d’autant plus grand que la population dialysée en Algérie est relativement jeune, avec une moyenne d’âge autour de 50 ans. «Cela renforce l’urgence d’améliorer la prise en charge pour préserver non seulement la vie, mais aussi la qualité de vie et l’activité de nos patients», souligne le spécialiste.
Bien que cette technique soit le standard international depuis plusieurs décennies, sa généralisation en Algérie accuse un certain retard. Pour M. Othmani Hassan, ce décalage n’est pas une fatalité technique : «Cette évolution ne nécessite pas forcément des moyens considérables. Nos équipements actuels sont déjà compatibles ; l’optimisation repose surtout sur la qualité de l’eau, rendue “ultrapure” par l’ajout de filtres spécifiques.»
L’équation économique : Le nerf de la guerre
Si le consensus médical est total, le problème budgétaire reste le principal obstacle, particulièrement pour le secteur privé qui dépend des remboursements des organismes de sécurité sociale. «La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût», a rappelé le président de l’ANPCH.
Le passage à la haute perméabilité implique un surcoût lié aux dispositifs médicaux et à la maintenance technique. Dans ce contexte, les acteurs du secteur privé appellent à :
- Une révision des tarifs des actes de dialyse et des médicaments.
- Un dialogue franc avec la CNAS (Caisse nationale des assurances sociales) pour ajuster les remboursements.
- Une concertation nationale pour garantir la viabilité des cliniques tout en offrant le meilleur soin possible.

Investir aujourd’hui pour économiser demain
L’argument financier ne doit cependant pas occulter la rentabilité à long terme. Pour le Dr Lasfar, la haute perméabilité est un investissement : en réduisant les complications et les hospitalisations lourdes, elle diminue les coûts indirects pour l’État. «Prévenir coûte toujours moins cher que traiter», insiste-t-il.
La rencontre s’est achevée sur une note d’optimisme. L’introduction de cette technique n’est plus perçue comme une option, mais comme une étape réaliste et indispensable.
Pour les professionnels de santé, le message est clair : l’Algérie dispose des compétences nécessaires ; il ne reste plus qu’à aligner le cadre réglementaire et économique pour faire entrer la dialyse nationale dans une nouvelle ère.
Rania N.
