“Le professeur Kamel Bouzid n’est plus...”
Cette terrible nouvelle est tombée ce dimanche sur les réseaux sociaux. Elle annonce le décès d’une personnalité immense du monde médical. Cette nouvelle nécessite cependant des nuances de taille. Si la mort au sens biologique de Kamel est hélas une triste réalité, il n’en demeure pas moins que la phrase « n’est plus » est une contre-vérité manifeste pour qui connaît le professeur Bouzid. Son charisme, sa personnalité font non seulement qu’il a toujours été mais qu’il sera toujours également pour un éventail très large de personnes.
D’abord pour sa famille proche qu’il a gérée en bienveillant patriarche malgré son jeune âge. S’il ne m’appartient pas de retracer son cursus professionnel et d’établir son CV, ce qui serait une tache des plus longues, qu’il me soit juste permis d’évoquer le nombre incroyablement élevé de disciples qu’il a formés et suivis jusqu’aux plus hautes sphères académiques. Ses pairs, nationaux et étrangers reconnaissent à l’unanimité ses qualités de chercheur, de conférencier et de redoutable bretteur.
Il y a quelques semaines certains de ses élèves ne se sont pas trompés en lui organisant un jubilé concomitamment avec le professeur Rose-Marie Hamladji, qui l’avait formé dans les années 70 à l’hôpital de Rouïba.
Les malades, ceux dont il avait la charge directe ainsi que tous ceux, fort nombreux, qui étaient confiés à ses bons soins savent tous la perte immense qu’ils subissent.
La qualité et la pertinence de ses indications thérapeutiques sont à la mesure de son engagement pour ces malades et son empathie pour eux le poussait, lors de débats ou d’interviews à la télévision à une véhémence qui frisait parfois l’impertinence à l’égard des institutions.
Ces dernières avaient régulièrement eu la sagesse de ne jamais réagir à ces sorties qui venaient du fond du cœur et n’avaient d’autres buts que de secouer le cocotier et réveiller les consciences.
Samedi 26 octobre à 23 heures, je l’avais appelé au téléphone (chose que je me permettais avec l’ami qu’il était). Je le sollicitais pour un avis concernant une malade qui posait un problème d’indication thérapeutique pour un cancer du sein.
Après une explication d’une grande rigueur scientifique, et comme il sait que le ou la malade sont prioritairement au cœur du problème qui ne doit être en aucun cas une exclusivité froidement technique, il m’avait proposé de la voir pour la rassurer le lendemain, dimanche 27 octobre à la première heure… La camarde a hélas été la première au rendez-vous.
Adieu Kamel, je suis l’une des premières personnes à t’avoir vu à ta naissance à Batna, où nos parents étaient voisins et amis et où ton père, Si Abdelkrim, a été mon professeur d’Arabe.
Je suis également une des dernières personnes à t’avoir parlé avant ton grand départ. Comme tu le sais, « les morts ne sont pas absents. Ils sont juste invisibles ».
Adieu Kamel. Tu seras toujours avec nous.
Professeur Maaoui (Didine)
Professeur M.MAAOUI
Ex chef de service de chirurgie-Hôpital Bachir Mentouri Kouba-
