Le ministère de l’Industrie pharmaceutique a publié une version enrichie et révisée, en août 2026, du Projet de Politique Pharmaceutique Nationale. Plus étoffée que la mouture publiée en février, cette nouvelle version précise les mécanismes de mise en œuvre et de suivi, tout en renforçant plusieurs axes stratégiques : production locale, disponibilité des produits, dispositifs médicaux, transformation numérique, intelligence artificielle et exportation.
Le Projet de Politique Pharmaceutique Nationale (PPN) poursuit sa maturation. La version intitulée « Projet de Politique Pharmaceutique Nationale – Version 00, décembre 2025, enrichie et révisée – août 2026 » compte désormais 64 pages, contre 60 dans la version publiée en février.
Le ministère de l’industrie pharmaceutique invite tous les acteurs de la chaîne pharmaceutique et des partenaires socioéconomiques à prendre connaissance de cette nouvelle mouture et à l’enrichir, dans le cadre de la démarche gouvernementale visant à “promouvoir et renforcer le secteur pharmaceutique national”, notamment à travers l’amélioration continue du système réglementaire et la trajectoire visant l’atteinte du niveau de maturité 3 (ML3) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), indique la note du ministère de l’industrie pharmaceutique.

Ainsi, cette nouvelle mouture ne bouleverse pas les grandes orientations du projet initial. Elle les précise et leur donne une dimension davantage opérationnelle, avec une attention particulière portée à la gouvernance, aux responsabilités des différents acteurs et à la mesure des résultats.
Souveraineté pharmaceutique et résilience des approvisionnements
La nouvelle version introduit un préambule qui inscrit la politique pharmaceutique dans un environnement international marqué par l’accélération des innovations scientifiques et technologiques, les tensions sur les chaînes mondiales d’approvisionnement, la transition numérique et l’essor de l’intelligence artificielle. Le document précise également plusieurs concepts structurants, notamment la sécurité sanitaire, la souveraineté sanitaire et la souveraineté pharmaceutique.
Cette dernière repose notamment sur le développement des capacités nationales de production des médicaments, des matières premières et des intrants stratégiques, mais aussi sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. L’objectif est ainsi de consolider les capacités nationales tout en réduisant les vulnérabilités liées aux dépendances extérieures.
Qu’est-ce qui change dans la nouvelle version d’août 2026 ?
Les dispositifs médicaux davantage intégrés
Les dispositifs médicaux occupent une place plus importante dans cette version révisée. Ils sont désormais intégrés de manière transversale aux problématiques de disponibilité, de qualité, de sécurité, de performance, d’approvisionnement et de surveillance du marché. Le développement de la production nationale constitue également un axe identifié. La nouvelle mouture encourage la réduction de la dépendance aux importations et le recours à la fabrication locale lorsque les conditions techniques, économiques et réglementaires sont réunies.
Cette orientation traduit une volonté d’élargir la notion de souveraineté pharmaceutique au-delà du seul médicament et de mieux intégrer l’ensemble des produits nécessaires au fonctionnement du système de santé.
Numérisation et IA : vers une industrie pharmaceutique « Pharma 4.0 »
La transformation numérique est désormais davantage intégrée à la stratégie du secteur. Le projet prévoit le développement d’infrastructures de données pharmaceutiques et de santé sécurisées et interopérables. Ces infrastructures doivent notamment contribuer à améliorer la circulation et l’exploitation des données utiles à la planification et à la surveillance du secteur.
L’intelligence artificielle est appelée à intervenir dans plusieurs domaines : prévision des besoins, anticipation des ruptures d’approvisionnement, pharmacovigilance et systèmes d’alerte précoce.
Elle est également envisagée comme un levier de modernisation de l’industrie pharmaceutique dans le cadre du modèle « Pharma 4.0 », notamment à travers l’automatisation intelligente et l’optimisation des procédés industriels. Le recours à ces technologies pourrait également s’étendre à la recherche clinique et aux évaluations pharmaco-économiques.
Disponibilité des médicaments : les opérateurs davantage responsabilisés
La sécurisation de la disponibilité des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux demeure un axe central du projet. La version révisée insiste sur les obligations des établissements pharmaceutiques en matière de transmission des données et d’exécution des programmes prévisionnels validés par les autorités compétentes. Elle prévoit également des mécanismes de responsabilisation et, lorsque la législation le prévoit, des sanctions en cas de manquement à l’obligation d’assurer la disponibilité des produits. Le dispositif doit toutefois être précisé par des textes d’application, notamment concernant la constatation des manquements, leur notification aux opérateurs concernés et les procédures de recours. Cette approche vise à renforcer l’anticipation des tensions sur le marché et à responsabiliser davantage les différents maillons de la chaîne d’approvisionnement.
Qualité et traçabilité : des indicateurs pour mesurer les performances
La qualité, la vigilance et la surveillance du marché constituent un autre volet renforcé de la politique. Le suivi doit notamment s’appuyer sur des indicateurs relatifs à la conformité aux Bonnes Pratiques de Fabrication, de Laboratoire et de Distribution, aux inspections fondées sur le risque, ainsi qu’aux notifications de pharmacovigilance et de matériovigilance. Les rappels, suspensions et retraits de produits doivent également faire l’objet d’un suivi.
La sérialisation et la traçabilité sont intégrées à cette logique. Le projet prévoit notamment de mesurer le niveau de déploiement de la sérialisation ainsi que le nombre de produits falsifiés ou de qualité inférieure détectés grâce aux systèmes de traçabilité.
Médecine traditionnelle et phytothérapie : un cadre à construire
La médecine traditionnelle, la phytothérapie et les médicaments à base de plantes font également l’objet d’une attention spécifique. Le projet identifie la nécessité de mettre en place un cadre réglementaire couvrant notamment leur évaluation, leur enregistrement, leur contrôle et leur surveillance. Il prévoit également une réflexion nationale sur l’utilisation des plantes médicinales dans la médecine traditionnelle et la phytothérapie. L’objectif est de mieux encadrer ces pratiques et produits tout en favorisant une approche fondée sur l’évaluation et la surveillance.
L’exportation devient un axe industriel stratégique
La nouvelle version affiche par ailleurs une ambition plus marquée en matière d’exportation. Elle prévoit d’étudier la création d’une plateforme nationale dédiée à l’exportation pharmaceutique, qui pourrait permettre de mutualiser certaines fonctions commerciales, logistiques et financières. Le nouveau texte propose également de renforcer les mécanismes de soutien à l’exportation des médicaments et des dispositifs médicaux. Le réseau diplomatique algérien pourrait, dans ce cadre, être davantage mobilisé afin de faciliter l’accès des produits fabriqués en Algérie aux marchés étrangers.
L’ambition affichée est claire : faire de l’Algérie une plateforme régionale de référence pour la production et l’exportation de produits pharmaceutiques et de dispositifs médicaux, notamment à destination des marchés africains.
Des KPI pour passer des orientations au pilotage
L’une des principales avancées de cette nouvelle version réside dans la structuration du suivi de la politique. Pour plusieurs domaines, le document identifie désormais les structures responsables, les points focaux et les indicateurs clés de performance (KPI) permettant de mesurer la mise en œuvre des orientations. Ces indicateurs couvrent notamment le niveau de maturité réglementaire selon les référentiels de l’OMS, les délais des procédures réglementaires, le respect des bonnes pratiques, la disponibilité des médicaments essentiels et la couverture des stocks.
Sont également pris en compte les manquements à l’obligation de disponibilité ainsi que le niveau de déploiement des solutions numériques et de l’intelligence artificielle. Cette approche traduit une volonté de faire évoluer la politique pharmaceutique d’un cadre essentiellement stratégique vers un dispositif davantage orienté vers le pilotage, l’évaluation et la mesure des résultats.
Une feuille de route qui se précise
La nouvelle version de la Politique pharmaceutique nationale ne constitue donc pas une nouvelle politique pharmaceutique, mais plutôt une version enrichie et davantage opérationnelle du projet initial.
Les orientations fondamentales restent inchangées : renforcer la souveraineté pharmaceutique, développer la production nationale, réduire la dépendance extérieure, assurer la disponibilité des produits et améliorer le système réglementaire.
L’objectif de couvrir au moins 70 % des besoins nationaux en médicaments est maintenu, tout comme la trajectoire visant à renforcer la maturité du système réglementaire algérien vers les niveauxML3 puis ML4 de l’OMS.
L’apport de la nouvelle mouture réside surtout dans la précision des mécanismes de gouvernance et de suivi, ainsi que dans l’intégration renforcée de nouveaux enjeux : dispositifs médicaux, données de santé, intelligence artificielle, Pharma 4.0, traçabilité et exportation.
À ce stade, le projet dessine ainsi une politique pharmaceutique qui ne se limite plus à la question de la production nationale. Il tend vers une approche plus globale, combinant souveraineté, sécurité des approvisionnements, performance industrielle, régulation, innovation technologique et ouverture internationale.
Pour les industriels, établissements pharmaceutiques, importateurs, distributeurs, professionnels de santé, chercheurs et autres acteurs du secteur, la version révisée constitue à ce titre un document à suivre attentivement. Elle permet de mieux identifier les priorités des pouvoirs publics et les indicateurs qui pourraient progressivement servir à évaluer la mise en œuvre de cette nouvelle feuille de route pharmaceutique nationale.
https://www.miph.gov.dz/…/clean_Projet-Politique…
Djamila Kourta
