Le secteur de l’industrie pharmaceutique poursuit sa montée en puissance en Algérie. Devant la Commission de la santé, des affaires sociales, du travail et de la solidarité nationale du Conseil de la Nation, le ministre de l’Industrie pharmaceutique a présenté, ce mardi, un bilan détaillé des avancées réalisées ainsi que les perspectives de développement d’un secteur devenu stratégique pour la souveraineté sanitaire du pays.
Créé en 2020 sur décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le ministère de l’Industrie pharmaceutique s’inscrit dans la volonté de réduire la dépendance du pays aux importations de médicaments et de renforcer la production nationale. Selon le ministre, les résultats enregistrés dépassent aujourd’hui les objectifs initialement fixés.
Le nombre d’établissements pharmaceutiques a ainsi atteint 250 unités de production, permettant de couvrir près de 82 % des besoins nationaux en médicaments. Une performance qui traduit l’évolution rapide du tissu industriel national dans ce domaine. Dans la même dynamique, une centaine de nouveaux projets d’investissement sont actuellement à l’étude, dont 72 dédiés à la fabrication de médicaments et 31 à la production de dispositifs médicaux.
Plus de 5 400 médicaments produits localement
Le ministre a indiqué que la nomenclature nationale compte désormais 5 400 médicaments fabriqués en Algérie, destinés à répondre aux besoins du marché local. Dans le secteur hospitalier, 262 médicaments produits localement figurent parmi les 1 061 produits pharmaceutiques enregistrés et destinés exclusivement aux établissements de santé.
Cette progression s’appuie notamment sur le rôle de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, qui a délivré 1 098 décisions d’enregistrement, dont 85 % concernent des produits fabriqués localement. L’agence a également traité 1 515 dossiers liés à la fixation des prix des médicaments, avec une prédominance des produits nationaux.
Développer les principes actifs et réduire les importations
Au-delà de la fabrication des médicaments finis, les autorités misent désormais sur l’intégration industrielle et la maîtrise des chaînes de production. L’un des principaux défis consiste à développer localement la production des principes actifs pharmaceutiques (API), composant essentiel dans la fabrication des médicaments.
Cette orientation vise à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers, à mieux maîtriser les coûts de production et à renforcer la valeur ajoutée nationale. Le ministère prévoit ainsi la création d’unités spécialisées dans la production de matières premières destinées notamment aux antibiotiques, aux médicaments contre le diabète, les maladies cardiovasculaires, les cancers, ainsi qu’aux traitements biologiques.
Numérisation et gouvernance renforcée
Le département ministériel poursuit également la modernisation de la gestion du secteur à travers la numérisation complète des procédures administratives. Plusieurs projets sont en cours, notamment la mise en place d’un système national de traçabilité des produits pharmaceutiques, la création de bases de données unifiées relatives à la production et aux stocks, ainsi que le développement de plateformes numériques destinées aux opérateurs du secteur.
Ces outils doivent permettre d’améliorer la transparence, de renforcer le contrôle du marché et d’assurer une meilleure disponibilité des médicaments.
L’ambition de conquérir les marchés africains
L’Algérie entend également faire de son industrie pharmaceutique un levier d’exportation. Dans cette optique, les pouvoirs publics travaillent à faciliter l’accès des opérateurs nationaux aux marchés africains et arabes, grâce à un accompagnement institutionnel et à une simplification des procédures.
Le ministre a souligné l’importance de l’objectif visant à atteindre le niveau de maturité 3 (ML3) de l’Organisation mondiale de la santé, une reconnaissance internationale qui renforcerait la crédibilité du système réglementaire algérien et faciliterait l’exportation des produits pharmaceutiques nationaux.
Des projets structurants à forte valeur ajoutée
Parmi les grands projets annoncés figure le développement d’une filière nationale de production de principes actifs pharmaceutiques capable de couvrir 50 % des besoins industriels du pays à l’horizon 2027.
Le ministère prévoit également la création d’un centre de thérapie cellulaire spécialisé dans les traitements innovants basés sur les cellules souches, ainsi qu’un centre de recherche en virologie associé à une usine de production de vaccins humains et vétérinaires d’une capacité de cinq milliards de doses par an.
D’autres projets concernent la réalisation d’une unité de stérilisation des dispositifs médicaux afin de réduire les coûts supportés par les producteurs locaux, ainsi que le développement d’une production pharmaceutique destinée spécifiquement au marché africain dans le cadre de partenariats industriels régionaux.
Vers un hub pharmaceutique africain
Le ministre a enfin mis en avant l’ambition de positionner l’Algérie comme une plateforme régionale de référence dans l’industrie pharmaceutique. Cette stratégie passe notamment par la création d’un hub logistique régional sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, destiné à renforcer les échanges entre l’Afrique et l’Europe et à soutenir les objectifs de souveraineté sanitaire du continent.
Rania.N
