Pour la cinquième année consécutive, l’association locale des anémies héréditaires de la wilaya d’El Tarf a organisé, du 5 au 7 novembre 2025, un séminaire national consacré aux anémies hémolytiques congénitales.
Placé sous le thème «Vivre avec la drépanocytose», cet événement médico-associatif s’est voulu un espace d’échanges et de sensibilisation autour d’une maladie lourde et invalidante.
La rencontre a réuni un large panel de spécialistes, ainsi que des représentants d’associations issues de douze wilayas du pays.
Les communications ont porté sur divers aspects de la drépanocytose, une pathologie qui continue de faire des ravages dans plusieurs régions du Nord-Est, notamment à El Tarf où l’on recense des milliers de malades.
Un appel pressant à reconnaître la drépanocytose comme priorité nationale
Au-delà des débats scientifiques, les participants ont lancé un appel urgent aux pouvoirs publics pour que la drépanocytose et la thalassémie soient reconnues comme des priorités de santé publique.
Un cri d’alerte des médecins locaux
Faute d’un registre national, les chiffres avancés témoignent d’une situation préoccupante : 79,5 % des malades sont recensés à l’Est du pays, 18,5 % au Centre et 1 % à l’Ouest. À El Tarf seulement, environ 5 000 personnes sont atteintes, soit l’équivalent du nombre de cas recensés en France.
Le Dr Fenghour, pédiatre à l’EPH d’El Kala, a lancé un appel aux autorités pour une meilleure prise en charge des malades et de leurs familles. Selon ses données, le nombre d’enfants drépanocytaires suivis à El Kala est passé de 407 en 2011 à 490 en 2024.
Les associations réclament un centre de référence régional
Le président de l’association locale, M. Abdi Khmissi, a déploré le manque d’intérêt accordé à ces malades. Il appelle à la création d’un centre régional de référence.
Le Dr Hamdane, de l’unité d’hématologie de l’EPH d’El Tarf, souligne que la drépanocytose représente un véritable problème de santé publique dans la région.
Des malades livrés à eux-mêmes dans plusieurs wilayas
Dans de nombreuses autres wilayas, les patients restent sans suivi régulier, faute de structures adaptées et de personnel formé. Seules les grandes villes dotées de CHU offrent une prise en charge correcte. Depuis 2011, plusieurs associations de l’Est du pays multiplient les initiatives pour attirer l’attention des autorités.
Malgré de nombreux rapports et alertes, la situation reste inchangée, et l’appel à un plan national de lutte contre les anémies héréditaires demeure d’actualité.
Vers une coordination nationale des associations
En avril dernier, douze associations se sont réunies à Béjaïa pour créer «l’Association algérienne des anémies héréditaires», actuellement en attente d’agrément.
Cette structure vise à renforcer la coordination et la représentation des malades à l’échelle nationale.
Zouikri A.
