Malgré une expertise médicale historique et un cadre législatif solide, le don d’organes peine encore à répondre à la demande nationale. Entre progrès scientifiques et enjeux de société, le Pr Belhadj appelle à une mobilisation générale pour transformer cet acte médical en un véritable réflexe de solidarité.
L’Algérie dispose aujourd’hui d’une capacité technique estimée à 4 500 greffes annuelles. Un chiffre qui témoigne du chemin parcouru depuis les premières heures de la chirurgie de pointe dans le pays.
Pour les spécialistes, le constat est clair : les outils sont là, mais le moteur de la solidarité doit encore être activé à grande échelle.
Un héritage d’excellence médicale
L’Algérie n’est pas une novice en la matière. L’histoire de la transplantation nationale s’est écrite dans les couloirs du CHU Mustapha-Bacha. Comme le rappelle le Pr Belhadj, tout a commencé en 1977 avec la première greffe de cornée réalisée par le Pr Ouachiche.
Ce jalon a été suivi, le 14 juin 1986, par la première transplantation rénale, une prouesse qui a marqué l’entrée de l’Algérie dans la chirurgie moderne.
Aujourd’hui, les barrières techniques appartiennent au passé. «Les équipes sont formées, les techniques sont maîtrisées et les infrastructures existent», assure le spécialiste.
Les avancées décisives dans les traitements immunosuppresseurs, destinés à prévenir le rejet des greffons, ont considérablement amélioré le taux de réussite des interventions au cours des dernières décennies.
La fin des tabous religieux et législatifs
Longtemps perçue comme un frein, la question religieuse ne constitue plus un obstacle. Plusieurs autorités religieuses ont tranché en faveur du don d’organes à travers des fatwas autorisant le prélèvement en cas de mort cérébrale. Pour le Pr Belhadj, «l’objectif est de sauver des vies, ce qui correspond parfaitement aux valeurs de solidarité.»
Sur le plan légal, la loi de santé de 2018 est venue consolider l’encadrement des prélèvements de tissus et de cellules. Cette volonté politique s’est traduite par la création de l’Agence nationale de greffe.
Placée sous la tutelle du ministère de la Santé, cette instance est la clé de voûte du système, elle gère les listes d’attente, coordonne les prélèvements à l’échelle nationale et veille au respect strict des règles éthiques pour instaurer un climat de confiance avec les citoyens.
Vers une réforme du consentement : Le registre du refus
L’un des tournants majeurs pour l’avenir de la transplantation en Algérie réside dans la réforme des modalités de consentement. Parmi les pistes sérieusement envisagées : le registre national du refus.
Ce système repose sur le principe du «consentement présumé» : chaque citoyen est considéré comme donneur potentiel, sauf s’il exprime explicitement son opposition de son vivant.
Cette mesure, complétée par la proposition d’intégrer le choix du citoyen dans les documents biométriques (CNI ou permis de conduire), permettrait d’alléger le fardeau des familles qui, dans la douleur du deuil, ignorent souvent la volonté du défunt.
Un enjeu de société global
En conclusion, le Pr Belhadj insiste sur le fait que le don d’organes n’est pas qu’une affaire de médecins. C’est un débat qui doit investir les écoles, les médias et les institutions religieuses.
La transplantation doit être perçue pour ce qu’elle est réellement : un acte de bravoure humaine permettant à un patient de retrouver l’espoir et la vie.
Rania N.
