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La Cour des comptes: Le Plan national Cancer 2015-2019 a manqué ses objectifs

La Cour des comptes: Le Plan national Cancer 2015-2019 a manqué ses objectifs

Malgré des investissements importants et une ambition affichée, le Plan national cancer (PNC) 2015-2019 n’a atteint qu’une partie limitée de ses objectifs. Une évaluation approfondie de la Cour des comptes met en lumière de graves dysfonctionnements organisationnels, financiers et humains qui ont freiné son efficacité.

Le Plan national cancer (PNC) 2015-2019 avait pour ambition de renforcer la prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement et l’accompagnement des patients atteints de cancer. Structuré autour de huit axes stratégiques, 19 objectifs et 239 mesures, il mobilisait un large éventail d’acteurs publics, privés et associatifs.

Cependant, une mission d’évaluation menée par la Cour des comptes en 2022 révèle que seuls 25 % des mesures prévues ont été effectivement entamées, sans que des explications claires ne soient fournies pour les retards ou les abandons constatés.

Une gouvernance inefficace et un manque de coordination

Selon la Cour des comptes, la mise en œuvre du PNC a souffert d’une gouvernance inadaptée et d’une coordination insuffisante entre les nombreux acteurs impliqués. La multiplication des comités et des groupes de travail n’a pas permis un pilotage efficace du plan, tandis que certaines actions ont été menées de manière isolée, sans vision globale.

Les bilans de suivi établis manquent de précision et ne permettent pas d’évaluer l’avancement réel des actions d’une année à l’autre. Certaines réalisations attribuées au PNC existaient déjà avant le plan ou relevaient d’autres programmes, faussant ainsi l’évaluation de son impact réel.

Des retards majeurs dans les infrastructures de santé

L’un des volets les plus visibles du PNC concernait la construction de centres de lutte contre le cancer (CLCC). Inscrits pour la plupart entre 2005 et 2014, ces projets accusent des retards moyens supérieurs à dix ans, accompagnés de fortes réévaluations budgétaires. À fin 2022, seuls huit centres étaient réceptionnés, dont plusieurs ne fonctionnent toujours pas à pleine capacité en raison du manque d’équipements ou de personnel qualifié.

Ces retards sont d’autant plus préoccupants que près de 45 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année dans le pays.

Des ressources financières sous-utilisées

Malgré l’existence d’un fonds spécial de lutte contre le cancer, les taux de consommation des crédits sont restés extrêmement faibles pendant plusieurs années, ne dépassant pas 3 % entre 2015 et 2020. Les causes identifiées incluent “la lenteur des procédures administratives, des difficultés de planification, des problèmes d’approvisionnement et une mauvaise répartition des ressources entre infrastructures et médicaments.”, précise le rapport.

“À fin 2022, le reliquat non consommé du fonds dépassait 58 milliards de dinars, illustrant une incapacité persistante à transformer les ressources disponibles en actions concrètes au bénéfice des patients.”, révèle le même document.

Une pénurie chronique de personnel spécialisé

Le déficit en ressources humaines constitue un autre frein majeur. Plusieurs centres spécialisés ne couvrent qu’environ 60 % de leurs besoins en personnel, avec des manques criants dans des spécialités clés telles que la radiologie, la nutrition, la rééducation ou les soins de support. Certains établissements ne disposent que d’un seul radiologue, limitant considérablement l’accès à la radiothérapie et au dépistage.

Les associations de patients et les professionnels de santé confirment ces constats, dénonçant des difficultés persistantes d’accès aux soins, des délais encore longs et des disparités régionales importantes.

Vers une nouvelle stratégie nationale

Malgré ces insuffisances, la Cour des comptes reconnaît que le plan national cancer a constitué une avancée importante et appelle à capitaliser sur ses acquis. Les enseignements tirés doivent servir à renforcer la nouvelle stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer 2025-2035, annoncée en mai 2025.

La Cour insiste sur la nécessité d’abandonner les actions fragmentées au profit d’une approche systémique, coordonnée et durable, capable de répondre efficacement à la complexité de la lutte contre le cancer et d’améliorer réellement la prise en charge des patients.

Djamila Kourta

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