Le dépistage des drogues est désormais exigée en Algérie dans le cadre du recrutement professionnel, de l’accès au permis de conduire et du suivi médical. Mais derrière un résultat positif se cachent des enjeux analytiques, toxicologiques, juridiques et organisationnels qui imposent une approche rigoureuse.
C’est dans cette optique que la société algérienne de toxicologie a organisé jeudi, un atelier en marge du salon Imlabop pour rappelé les conditions d’une application fiable.
Au-delà de son rôle dans la prévention et la sécurité routière, le dépistage des drogues nécessite cependant un encadrement rigoureux afin de garantir la fiabilité des résultats et le respect des exigences médicales et réglementaires.
Un résultat positif ne suffit pas à établir une consommation
Le dépistage des drogues ne constitue pas une simple analyse biologique a expliqué Pr Younes Zebbiche qui a animé cet atelier. Il exige, selon lui, une expertise à plusieurs niveaux. Pour lui, il s’agit d’une analyse médicale qui doit s’inscrire dans un circuit organisé, depuis le prélèvement jusqu’à l’interprétation des résultats.
“sur le plan analytique, les professionnels doivent notamment déterminer les substances recherchées, choisir les tests appropriés, tenir compte des seuils de positivité et évaluer le risque de réactions croisées susceptibles de fausser les résultats“, a t-il souligné en précisant que plusieurs textes législatifs, notamment ceux relatifs à la prévention contre la toxicomanie et au Code de la route, accordent une place importante à cette démarche.
Un processus qui exige rigueur et expertise
Le spécialiste a indiqué que plusieurs types de prélèvements peuvent être utilisés, notamment le sang, les cheveux et les urines. Ces dernières sont particulièrement privilégiées dans le cadre des campagnes de dépistage à grande échelle, car elles permettent de rechercher différentes substances sur des fenêtres de détection variables.
Concernant les étapes de l’analyse, le vice président de la Société algérienne de toxicologie a expliqué que le processus commence généralement par des tests rapides permettant d’écarter les résultats négatifs. En revanche, lorsqu’un résultat est positif, une confirmation analytique est nécessaire.
«Quand on a un positif, on doit passer aux techniques de confirmation», a-t-il souligné, précisant que cette étape exige une expertise particulière et l’intervention de spécialistes en toxicologie, capables de confirmer ou d’infirmer le premier résultat.
À l’issue de cette procédure, un rapport toxicologique est transmis aux professionnels de santé, chargés d’interpréter les résultats et d’évaluer la situation de la personne concernée.
Des garanties scientifiques et juridiques indispensables
Au cours de son intervention, le spécialiste a également insisté sur les enjeux juridiques et organisationnels liés à la généralisation du dépistage. Selon lui, la fiabilité du dispositif dépend autant de la qualité des analyses que du respect des conditions de prélèvement, de l’organisation des laboratoires et de la compétence des professionnels mobilisés.
Il a rappelé que l’ensemble du circuit doit être rigoureusement organisé, depuis la personne soumise au test jusqu’au laboratoire chargé de réaliser les analyses et aux professionnels destinataires des résultats.

Le laboratoire de toxicologie de l’hôpital Ali-Aït-Idir répond à une demande croissante
Évoquant l’expérience de terrain, le spécialiste a indiqué que le laboratoire de toxicologie de l’hôpital Ali-Aït-Idir a commencé, au cours de l’année, à accueillir des patients et des demandeurs externes, en fonction des moyens disponibles.
«On a commencé cette année à s’ouvrir vers les patients ou vers les externes avec les moyens que nous avons», a-t-il signalé, précisant que cette initiative répond à des besoins réels et croissants en matière de dépistage.
Le toxicologue a indiqué que plusieurs secteurs sollicitent désormais ce type d’analyse, ce qui rend nécessaire le développement des capacités des laboratoires et le respect des normes scientifiques en vigueur.
Il a également précisé que son équipe partage son expérience avec les collègues d’autres services afin de contribuer à l’amélioration des pratiques professionnelles. La question de l’encadrement et de l’habilitation des structures chargées de réaliser ces tests demeure, dans ce contexte, un enjeu important pour garantir la qualité des analyses.
De la sanction à l’accompagnement médical
Au-delà des aspects techniques et réglementaires, le spécialiste a défendu une approche centrée sur la prise en charge médicale des personnes concernées. Selon lui, le dépistage ne doit pas être envisagé uniquement comme un outil de contrôle ou de sanction, mais également comme un moyen d’orienter les personnes vers des soins adaptés.
«C’est une approche d’accompagnement, beaucoup plus que sanction», a-t-il insisté, en évoquant la nécessité d’une prise en charge médicalisée pour les personnes sous l’effet de drogues ou souffrant de dépendance.
Cette approche souligne l’importance de considérer la toxicomanie comme une problématique de santé publique, nécessitant à la fois des mesures de prévention, des dispositifs de contrôle fiables et un accès à un accompagnement approprié.
En conclusion, le membre de la Société algérienne de toxicologie a mis en évidence la nécessité de construire un dispositif de dépistage fondé sur la rigueur scientifique, l’expertise des laboratoires et la coordination entre les différents acteurs.
Pour lui, l’efficacité de la stratégie nationale dépendra autant de la fiabilité des analyses que de la capacité du système de santé à assurer un accompagnement adapté aux personnes concernées.
D. K.
