Si le tabagisme passif est désormais bien connu, une menace plus insidieuse plane sur les foyers algériens : le tabagisme « tertiaire ». Entre les murs de nos maisons, les résidus chimiques s’accumulent et mettent en péril la santé des plus fragiles, particulièrement celle des enfants.
En Algérie, la cigarette n’est plus seulement une affaire de consommation individuelle ; elle est devenue une problématique majeure de santé publique intra-muros. Lors d’une journée d’étude organisée au CHU de Beni Messous (Alger) à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, le constat dressé par les experts est sans appel : près de 50 % des foyers algériens comptent au moins un fumeur.
Le Dr Iman Touari, pneumologue, tire la sonnette d’alarme. Selon elle, l’impact environnemental est immédiat et dévastateur. Aujourd’hui, environ 25 % des enfants algériens souffrent de troubles respiratoires chroniques directement liés à l’exposition au tabac au sein de leur propre maison.
Qu’est-ce que le tabagisme « tertiaire » ?
Contrairement au tabagisme passif (inhalation de la fumée environnante), le tabagisme tertiaire désigne la persistance de toxines invisibles bien après que la cigarette a été écrasée.
Ces résidus chimiques, formant un cocktail toxique de métaux lourds et de composés cancérigènes, possèdent une capacité d’imprégnation totale qui ne laisse aucun répit à l’environnement domestique. Ils s’incrustent durablement dans les tissus, tels que les rideaux, les tapis et les vêtements, tout en colonisant le mobilier, des canapés aux matelas en passant par les meubles en bois. Aucune surface n’est épargnée, puisque ces particules se déposent également sur les murs, les sols et jusque sur les jouets des enfants, transformant ainsi chaque recoin de la maison en une source potentielle d’exposition.
« Ces résidus représentent un danger réel, notamment pour les nourrissons qui rampent ou touchent les surfaces contaminées », prévient le Dr Touari.
Invisibles, ces particules peuvent stagner plusieurs jours. Combinées à la pollution urbaine, elles transforment l’espace domestique en un foyer d’exposition toxique permanent.
En finir avec le mythe du balcon
Beaucoup de parents pensent protéger leurs proches en fumant sur le balcon ou près d’une fenêtre ouverte. C’est une illusion.
Les courants d’air ramènent inévitablement vers l’intérieur une partie des 7 000 substances chimiques (benzène, monoxyde de carbone, particules fines) contenues dans la fumée. Une fois à l’intérieur, ces substances se déposent et entament leur lente imprégnation du domicile.
Des conséquences graves pour toute la famille
L’exposition prolongée à ce « cocktail domestique » ne ménage personne :
Chez l’enfant : Asthme, infections respiratoires à répétition et altération du développement pulmonaire.
Chez l’adulte : Aggravation de la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), augmentation des risques de cancers du poumon et risques accrus d’accidents cardiovasculaires précoces.
Un appel à l’action collective
Face à cette « menace silencieuse », le Dr Touari appelle à un sursaut collectif qui dépasse le cadre strictement médical pour s’ancrer dans une action globale. Afin de protéger efficacement les populations les plus vulnérables, comme les femmes enceintes et les enfants, elle préconise l’activation de plusieurs leviers essentiels : une action législative et fiscale forte, passant par le renforcement de l’application des lois anti-tabac et une hausse significative du prix du tabac, ainsi qu’un accompagnement sanitaire bienveillant pour guider les fumeurs vers le sevrage sans les culpabiliser. Enfin, cette lutte repose sur un engagement citoyen majeur visant à transformer chaque foyer en un espace strictement « sans tabac », garantissant ainsi la sécurité sanitaire de l’environnement familial.
Rania.N
