Une équipe de biologistes algériens vient de franchir une étape importante dans le domaine du diagnostic des troubles thyroïdiens. Pour la première fois, des valeurs de référence spécifiques à la population algérienne pour la TSH ont été établies, afin d’aider les cliniciens à affiner leurs diagnostics et à définir les véritables seuils décisionnels pour les dosages hormonaux.
Une pathologie fréquente mais difficile à diagnostiquer
Les troubles de la thyroïde représentent aujourd’hui un véritable problème de santé publique. Fréquents, mais souvent difficiles à diagnostiquer en raison de symptômes discrets et non spécifiques, ils nécessitent des tests de laboratoire à la fois sensibles et fiables, a indiqué le Pr Réda Djidjik, doyen de la faculté de pharmacie d’Alger et chef de service d’immunologie au CHU Beni Messous, lors de la présentation des résultats de l’étude à la Journée scientifique placée sous le thème : «Transformer le diagnostic par des innovations de pointe – LabForum 2025» organisée par SADID- Diagnopharm et Mindray à Alger.
C’est dans cette optique que des équipes de Beni Messous (service d’endocrinologie et immunologie) en collaboration avec le laboratoire de Biochimie Chu Mustapha Bacha, ont mené une étude inédite visant à établir des valeurs de référence spécifiques à la population algérienne pour la TSH, un des marqueurs biologiques les plus utilisés pour évaluer le fonctionnement de la glande thyroïde.
Une première nationale pour des valeurs de référence locales
«Jusqu’à présent, aucune étude n’avait défini d’intervalles de référence propres à la population algérienne» a signalé Dr Djidjik en soulignant que les cliniciens se basaient sur des normes internationales, souvent établies sur des populations génétiquement et physiologiquement différentes.
«Notre objectif était de déterminer des valeurs de référence représentatives, afin d’aider les cliniciens à poser un diagnostic plus précis et plus adapté à nos patients», a-t-il expliqué.
L’étude, réalisée entre 2023 et 2024 s’est appuyée sur la plateforme Minerré de troisième génération, produite localement à Lakhdaria. Elle a porté sur un large échantillon de sujets âgés de la naissance à 93 ans, sélectionnés selon des critères rigoureux.
«Nous avons analysé un large échantillon allant de la naissance à 93 ans», a précisé Pr Djidjik et d’ajouter : «Les intervalles de référence ont été validés localement selon les recommandations internationales.»
Ila fait savoir que les aspects éthiques ont été strictement respectés, sous la supervision du comité d’éthique hospitalier.
Des résultats prometteurs et une avancée pour la souveraineté scientifique
Les résultats montrent une stabilité des taux de TSH selon le sexe, avec des variations significatives selon l’âge. Des résultats qui suscité un riche débat avec de nombreuses questions des biologistes et cliniciens présents notamment les valeurs retrouvées chez lez nouveaux nés.
«C’est une première nationale», a indiqué Pr Djidjik et d’ajouter que «Ces intervalles de référence permettront d’améliorer la précision du diagnostic des dysthyroïdies et de réduire le risque d’erreurs d’interprétation clinique.»
Cette base de données constitue désormais un repère essentiel pour la biologie médicale en Algérie a-t-il encore souligné.
Perspectives : affiner les seuils et explorer les facteurs d’influence
Il a ainsi recommandé de réaliser des études longitudinales pour affiner ces valeurs extrêmes et explorer l’impact des facteurs nutritionnels, environnementaux et génétiques sur les taux hormonaux.
«Ce travail a été rendu possible grâce au soutien du groupe national impliqué dans la production locale de réactifs», a-t-il rappelé. «C’est une fierté scientifique et industrielle pour notre pays.», a conclut Pr Djidjik.
Djamila Kourta
